Spiritualité et action humanitaire


Introduction

L’action humanitaire, nationale ou internationale, est devenue un fait social et politique, mais au delà, elle montre, même si les résultats sont encore très insuffisants, que la conscience humaine est en progrès, qu'elle reconnaît l'unité des peuples de la Terre et qu'une entraide est possible, première manifestation d'une fraternité universelle.

Le travail des organisations intergouvernementales (comme l'ONU) et des organisations non gouvernementales (ONG) est traité dans Spiritualité et politique.

Dans le présent article, quelques organisations humanitaires sont présentées. Parmi celles-ci, des organisations humanitaires françaises, qui sont généralement des associations de type "loi de 1901", et qui ont ensuite obtenu la reconnaissance "d'utilité publique".
Trois personnalités sont présentées, l'une encore très active et médiatique en France, une deuxième disparue, connue dans le monde entier, et une troisième disparue elle aussi mais moins connue.
D'autres associations et personnalités existent, et le fait qu'elle ne soient pas mentionnées ci-dessous n'enlève rien à leurs mérites.
Il arrive que quelques associations dérivent dans l'utilisation des fonds, ou que leur aide soit détournée, ou que leurs missions ne soient plus ce qu'elles devaient être. Certaines d'entre elles relancent un peu trop souvent les donateurs... Mais il est vrai aussi qu'une association qui ne demande pas ne reçoit pas! Il vaut mieux ces imperfections que pas d'action du tout.

Quelques organisations internationales

La Croix-Rouge a été créée en 1863 par Henri Dunant avec mission d'indépendance, de neutralité, de respect des souverainetés nationales et d'universalité (devenue en 1875 le Comité international de la Croix-Rouge, CICR).

La Fédération Internationale des Droits de l’Homme ou FIDH, créée en 1922, a proposé en 1927, une "Déclaration mondiale des droits de l’homme" (inspirée de celles de la Révolution française et de L’indépendance américaine, elles-mêmes issues de la philosophie des Lumières) qui sera la base de celle adoptée par l’ONU en 1948, la "Déclaration universelle des droits de l’homme". La FIDH a fait adopter par l’ONU, en 1990, la "Déclaration des droits de l’enfant".

Le Secours catholique, crée en 1946 pour venir en aide aux victimes de guerre, collecte des objets de première nécessité et des fonds pour aider les pauvres, les pays du tiers-monde et les victimes de catastrophes.

Amnesty International, crée en 1961, par deux avocats anglais, oeuvre pour la libération des prisonniers d’opinion sans violence, les assiste pour leur procès, et milite contre la peine de mort. Prix Nobel de la Paix en 1977.

WWF, World wildelife fund, fonds mondial pour la nature, en date de 1961, protège les animaux de toute la planète.

Greenpeace, mouvement pacifiste crée à Vancouver au Canada, en 1971, s’est rendu populaire par son opposition aux essais nucléaires ou encore aux OGM.

Handicap International

Handicap International a été fondé pour lutter contre les mines "antipersonnel", et pour venir en aide aux victimes, enfants le plus souvent, en leur proposant des prothèses simples mais efficaces pour leur permettre une activité de survie. Co-prix Nobel de la Paix.

Oeuvres hospitalières de l'Ordre de Malte

Les chevaliers de Malte forment une communauté religieuse et un ordre de chevalerie. Ils entretiennent des relations diplomatiques avec le Vatican (reconnus par le pape Jean XXIII en 1961) et différents pays. Ils possèdent des hôpitaux et des centres de secours pour porter assistance aux blessés et réfugiés.


Historiquement, ils descendent des "Chevaliers de Rhodes" établis sur l'île de Rhodes dès 1309, lorsqu'ils ont quitté la Terre sainte où depuis 1113 ils protégeaient un hôpital construit à Jérusalem avant la première croisade. Ils étaient connus alors sous le nom de "Chevaliers de l'Hôpital" ou encore "Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem". Initialement composés de frères appliquant la règle de saint Augustin et ayant prêté serment de pauvreté, d'obédience, de chasteté et juré d'aider Jérusalem, ils ont été rejoints par des chevaliers pour les assister.
Aujourd'hui, ils portent une grande cape noire avec une croix de Malte (représentée ci-dessus). Le Grand Maître occupe un rang ecclésiastique équivalent à celui de cardinal.

Restos du coeur

Cette association a été lancée en 1985 par Coluche (1944-1986), un an avant son accident mortel. Le but de cette association, donner des repas en hiver à tous les démunis, est résumé dans la chanson des "enfoirés":
                 "Aujourd'hui, on n'a pas le droit
                 d'avoir faim et d'avoir froid..."
Les divers partis politiques n'ont pu que se rallier à cette action que de nombreux artistes de variétés, bénévoles (40 000) et donateurs (400 000) contribuent à faire vivre: plus de 500 000 personnes reçoivent un repas par jour chaque hiver, soit au total près de 60 millions de repas.
Michel Colucci, dit Coluche, s'est fait connaître à partir de 1974 comme humoriste et comédien (César du meilleur acteur en 1983).

Médecins sans frontières et Médecins du monde

C'est au Biafra que deux médecins, Bernard Kouchner et Max Récamier, en servant en 1968 dans le cadre de la Croix-Rouge, ont eu l'idée de créer une nouvelle action humanitaire, une organisation médicale d’urgence, appelée "Médecins sans frontières" (1971). Nouvelle car à l'opposé de la règle de discrétion de la Croix Rouge, ils ont témoigné. En 1979, B. Kouchner a quitté Médecins sans frontières pour fonder "Médecins du monde".

Raoul Follereau

Cet homme peu connu, à part son chapeau sur les affiches, mérite pourtant de l'être, par le travail effectué pour les lépreux en général, et en Afrique en particulier. Avocat et journaliste, Raoul Follereau (Nevers 1903-Paris 1977), a combattu toute sa vie la misère, l'injustice et l'indifférence, et plus particulièrement la lèpre. Cette terrible maladie ronge les visages, les pieds, les mains et déforme tout le corps. 700 000 cas sont dépistés chaque année dans le monde.
Il a dit au sujet de ce fléau: "Le plus insupportable, c'est que le traitement existe".

Il est l'auteur de cette phrase à méditer: " Aimer sans agir, cela ne signifie rien".
Il a lancé en 1954 "La Journée Mondiale des Lépreux" et a fondé en 1966 la Fédération internationale des Associations de lutte contre la lèpre. Depuis, l'Association Française Raoul Follereau poursuit l'oeuvre de son fondateur.

Ce qui est moins connu, c'est que le 1er septembre 1964, Raoul Follereau a demandé à U Thant, Secrétaire Général de l'ONU, "que toutes les nations présentes à l'ONU décident à l'occasion d'une Journée Mondiale de la Paix, de prélever sur leur budget respectif ce que leur coûte un jour d'armement, et le mettre en commun pour lutter contre les famines, les taudis et les grandes endémies qui déciment l'humanité". Entre 1964 et 1969, l'ONU a reçu la signature de trois millions de jeunes de 125 pays appuyant cette démarche. C'est ainsi que la première Journée mondiale de la paix a été instituée par le pape Paul VI le 1er janvier 1968.

Mère Teresa

Mère Teresa (Agnes Gonxha Bajaxhiu, 1910-1997 Calcutta), était une religieuse catholique d'origine albanaise. Entrée à 18 ans dans un couvent en Irlande, elle a prononcé les voeux solennels en 1937. D'abord directrice d'un collège catholique à Calcutta, elle s'est consacrée en 1948 aux pauvres, aux malades et aux mourants des rues de la ville.

Dès 1950, Mère Teresa (avec ses assistantes) a fondé la Congrégation des missionnaires de la Charité, reconnue par le diocèse de Calcutta puis approuvée comme congrégation pontificale sous la juridiction de Rome (4 voeux pour cette communauté : pauvreté, obéissance, chasteté, au service des plus démunis).


En 1952, Mère Teresa a ouvert le centre "coeur pur", foyer pour mourants de Calcutta. Son action a été élargie ensuite au monde entier, et c'est dans ce cadre qu'en 1979, le prix Nobel de la Paix lui a été attribué.

Action de l'Abbé Pierre

Fondation Abbé Pierre
pour le logement
des défavorisés.

Henry Grouès, dit l'Abbé Pierre, nom de résistant, est né en 1912 dans une famille nombreuse lyonnaise. Il fait ses études chez les jésuites puis entre chez les capucins, avant d'être ordonné prêtre en 1938, puis vicaire à la cathédrale de Grenoble. Il est résistant pendant la guerre.
Député de 1945 à 1951, il fonde en 1949 (avec un ancien condamné), la "Communauté d’Emmaüs", composée de démunis, bien vite appelés "Chiffonniers d’Emmaüs", car ils récupèrent les objets jetés.

Le 1er février 1954, au milieu d'un hiver tristement célèbre, il lance un appel émouvant au journal de 13 heures de Radio Luxembourg :

"Mes amis! Au secours! Une femme vient de geler cette nuit, à 3 heures, sur le trottoir du boulevard de Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel on l’avait expulsée, avant-hier. Chaque nuit, ils sont plus de deux mille, recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu.
Ecoutez-moi: en trois heures, deux centres de dépannage viennent de se créer. Ils regorgent déjà. Il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière, dans la nuit, à la porte des mieux lotis, où il y ait des couvertures, paille, soupe, et où on lise: "Centre fraternel de dépannage. Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir. Ici, on t’aime". Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain, cinq mille couvertures, trois cents grandes tentes américaines, deux cents poêles catalytiques. Déposez-les vite à l’hôtel Rochester, 92, rue La Boétie..."

Un élan de solidarité sans précédent a permis alors de recueillir des fonds considérables et de sauver de la mort des centaines de sans-abri.

L'Abbé Pierre est à l’origine de la loi, votée en 1954, interdisant toute expulsion de personnes insolvables pendant les mois d’hiver et d’un programme de construction de millions de logements neufs à loyer modéré, échelonné sur 20 ans.
Depuis une dizaine d'année, la "Fondation Abbé Pierre pour le logement des Défavorisés" oeuvre pour les sans-abri et les sans-ressource.

L'Abbé Pierre s'est éteint le 22 janvier 2007; les français qui l'ont élu de nombreuses fois comme la personnalité n° 1 du pays lui ont rendu un profond hommage.

Joseph Wresinski - ATD Quart Monde

Joseph Wresinski est né en 1917 à Angers dans une famille très pauvre, de père polonais et de mère espagnole. Très jeune il fait des "petits boulots" pour apporter un peu d'argent à la famille, à 13 ans il devient apprenti boulanger, à 17 ans il décide de devenir prêtre après avoir fait connaissance avec la JOC, Jeunesse ouvrière chrétienne. Il est ordonné prêtre en 1946, à Soissons.
Il fonde le mouvement ATD Quart Monde* en 1957 avec des familles vivant dans une extrême pauvreté, dans un camp installé à Noisy-le-Grand par Emmaüs et l'Abbé Pierre.
ATD Quart Monde a pour objectif de supprimer l'extrême pauvreté par engagement personnel (modification des mentalités, actes concrets de solidarité) des personnes concernées du style "Aide-toi le ciel t'aidera" plutôt que par l'assistanat passif. Le mouvement est présent dans une trentaine de pays.

En 1979 Joseph Wresinski devient membre du Conseil économique et social de la République française.
En février 1987, à Genève, il demande à la Commission des droits de l'homme des Nations Unies de reconnaître l'extrême pauvreté comme une violation des droits de l'Homme.
Le 17 octobre 1987, il crée la Journée mondiale du refus de la misère, reconnue en 1992 par les Nations Unies comme "Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté" désormais célébrée chaque année le 17 octobre.
Joseph Wresinski décède le 14 février 1988 après une opération chirurgicale. Le "procès de béatification" à Rome est actuellement ouvert.
* ATD signifiait initialement "Aide à Toute Détresse", maintenant "Agir Tous pour la Dignité".

Soeur Emmanuelle

Madeleine Cinquin est née à Bruxelles le 16 novembre 1908.
Après des études de philosophie et de théologie, elle prononce ses voeux de religieuse en 1931 sous le nom de Soeur Emmanuelle.
Elle enseigne en Turquie et en Tunisie, passe une licence de lettres à la Sorbonne, et enseigne à nouveau en Egypte.
A partir de 1971 elle s’installe dans divers bidonvilles: d'abord du Caire à Ezbet-Al-Nakhl, au milieu d’une communauté copte chrétienne récupérant les déchets. Elle lance de nombreux projets pour améliorer les conditions d’existence; en 1982, elle vit avec les chiffonniers de Mokattam au milieux des détritus. Elle obtient le raccordement du bidonville à l'eau et l'électricité, la construction d’habitations et d'une usine de compost; en 1985, elle s'installe dans le bidonville de Meadi Tora.



En 1993, sa congrégation lui impose de prendre sa retraite en France, à la maison de repos des religieuses de Notre Dame de Sion à Callian dans le Var. Elle est faite commandeur de la Légion d'honneur en 2002 et grand officier de la Légion d'honneur en janvier 2008. Elle décède le 20 octobre 2008, 3 semaines avant ses 100 ans.
Depuis 1990, cette "petite soeur des chiffonniers" a défendu énergiquement la cause des pauvres à la télévision, avec sa voix très aiguë, sa blouse, son fichu et ses baskets et est devenue très populaire.
Associations : Les Amis de Soeur Emmanuelle, Fondation Soeur Emmanuelle.

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Bibliographie

Sites Internet

Ceux des associations mentionnées, voir sites.

Films

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Date de création: 27/02/2002; mise à jour 22/12/2012, version 1.7